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Culture numérique 28 janv. 2026

L’origine des virus informatiques

L’origine des virus informatiques

Quand les logiciels ont commencé à « infecter » les ordinateurs

Aujourd’hui, nous associons les virus informatiques au vol de données, aux ransomwares et aux attaques massives. Mais les premiers virus ne cherchaient ni l’argent ni l’espionnage. C’étaient des expériences, des plaisanteries techniques… et des démonstrations de puissance. Comprendre comment les virus sont apparus permet de mieux saisir pourquoi la sécurité numérique est si importante aujourd’hui.

Avant les virus : un réseau basé sur la confiance

Dans les années 70 et 80, le monde de l’informatique était très différent. Les ordinateurs se trouvaient surtout dans les universités, les laboratoires et les grandes entreprises. Les utilisateurs étaient des techniciens, des chercheurs ou des étudiants.

Les systèmes étaient conçus avec une idée implicite : ceux qui ont accès sont de confiance. On ne pensait pas beaucoup aux attaques, au sabotage ou aux vols massifs de données. 
Dans ce contexte, il était possible que quelqu’un se pose une question inquiétante : « Et si un programme pouvait se copier tout seul et passer d’un ordinateur à un autre ? »

1971 : le premier « virus » de l’histoire (qui n’était pas malveillant)

Ce que l’on considère souvent comme le premier précurseur d’un virus est Creeper, créé en 1971.

C’était un programme expérimental qui :

se déplaçait entre les ordinateurs connectés à ARPANET (le prédécesseur d’Internet)

affichait un message : « I’m the creeper, catch me if you can ! »

ne causait aucun dommage et ne détruisait rien

C’était plus une expérience technique qu’une attaque. Il voulait démontrer qu’un programme pouvait « voyager » à travers un réseau. Peu après, Reaper fut créé, un autre programme qui supprimait Creeper. Ce fut, ironiquement, le premier « antivirus ».

C’est là que naquit le concept clé : un logiciel qui se propage de manière autonome.

1982 : le premier virus pour ordinateurs personnels

Avec l’arrivée des ordinateurs personnels, le risque a été multiplié. Un étudiant de 15 ans, Rich Skrenta, a créé Elk Cloner, considéré comme le premier virus à se propager “dans la vie réelle”. Il infectait les ordinateurs Apple II via des disquettes.
Lorsque le système démarrait, le virus se copiait sur d’autres disquettes. Après plusieurs utilisations, il affichait un petit poème à l’écran. Il ne détruisait pas de données.
C’était une blague, mais cela a démontré quelque chose de très sérieux : les utilisateurs pouvaient s’infecter entre eux sans le savoir.

1986 : le premier virus pour PC à se propager dans le monde

Le virus Brain, créé par deux frères au Pakistan, est considéré comme le premier virus massif pour PC compatibles IBM.
Il infectait le secteur de démarrage des disquettes. Lorsqu’on démarrait l’ordinateur avec une disquette infectée, le virus se chargeait en mémoire et commençait à se propager.
Fait curieux, les créateurs ont laissé leur nom, adresse et numéro de téléphone dans le code. Ils voulaient “punir” les copies illégales de logiciels, pas provoquer un chaos mondial.

Pourtant, Brain a démontré que :

- un virus pouvait franchir les frontières
- la propagation pouvait être incontrôlable
- les créateurs ne pouvaient pas prévoir l’impact réel

Quand les virus cessent d’être des blagues

À la fin des années 80 et au début des années 90, le paysage a changé. Les virus n’étaient plus des expériences académiques ni des blagues d’étudiants.

Des programmes ont commencé à apparaître qui :

- effaçaient des fichiers
- corrompaient des systèmes
- faisaient perdre des informations importantes

La motivation a également changé : de curiosité technique → sabotage, gloire ou intentions malveillantes.
Les utilisateurs n’étaient plus seulement des techniciens experts. Il y avait des entreprises, des écoles et des particuliers sans connaissances avancées. L’impact était beaucoup plus grand.

Internet change tout

Avec l’expansion d’Internet dans les années 90, les virus ne dépendaient plus uniquement des disquettes. Ils pouvaient désormais :

- arriver par courrier électronique
- être téléchargés depuis un site web
- exploiter les vulnérabilités du système

Cela a donné naissance aux vers informatiques (worms), des programmes qui se propagent seuls sur le réseau sans intervention de l’utilisateur.

Une erreur dans un système pouvait devenir une infection mondiale en quelques heures.

La grande leçon historique

Les virus informatiques n’ont pas apparu parce qu’Internet était “mauvais”. Ils sont apparus parce que les systèmes ont été créés dans un environnement de confiance, sans imaginer l’ampleur future.

L’histoire montre un schéma clair :

1. Une technologie est créée pour faciliter la vie.
2. La fonctionnalité est priorisée sur la sécurité.
3. Quelqu’un découvre comment exploiter les faiblesses.
4. La sécurité arrive ensuite, comme réponse.

Même aujourd’hui, la même chose se produit avec les applications, les appareils intelligents et les services cloud.

Quelles conclusions pouvons-nous tirer ?

Même si les virus actuels sont beaucoup plus sophistiqués, la racine est la même : exploiter la confiance et les distractions humaines.

C’est pourquoi des mesures simples restent essentielles :

- mettre à jour les systèmes
- ne pas ouvrir de fichiers suspects
- faire des sauvegardes
- utiliser une protection antivirus
- se méfier de ce qui semble trop urgent ou trop beau

La technologie a évolué, mais la vulnérabilité humaine reste la principale porte d’entrée.

Du laboratoire au crime numérique mondial

Ce qui a commencé comme des expériences techniques et des blagues juvéniles est aujourd’hui une industrie criminelle multimillionnaire.

Mais comprendre l’origine des virus nous rappelle quelque chose d’important : la sécurité n’est pas un ajout. Elle doit faire partie du design dès le départ.

Parce que sur Internet, toute petite faiblesse peut se transformer et affecter des millions de personnes.

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